Construire ses propres outils

Notre site n'utilise ni Google Analytics, ni WordPress, ni Mailchimp. Le compteur de visites, l'éditeur d'articles que vous lisez en ce moment, le formulaire d'inscription : nous les avons écrits nous-mêmes. Pas par principe d'artisan têtu mais un choix délibéré.

Pour un petit studio, l'évidence est censée être l'inverse : ne réinventez rien, branchez un service, payez l'abonnement, passez à la suite. Mais le prix affiché d'un SaaS n'est jamais son coût réel. Une fois additionnés l'enfermement, les données qu'on cède, les fonctionnalités qu'on subit et le temps passé à tout faire tenir ensemble, construire soi-même les petites pièces qui comptent revient souvent moins cher et nous rend simplement plus libres.

Ce qu'un abonnement coûte vraiment

Le tarif mensuel est la partie visible. Le reste se paie autrement.

On cède ses données et parfois celles de ses visiteurs : c'est le modèle de la plupart des outils d'analytics gratuits. On hérite d'un produit conçu pour le plus grand nombre et donc gonflé de fonctions dont on n'a pas besoin et qui compliquent celles qu'on utilise. On s'attache à un fournisseur qui change ses prix, ses conditions ou disparaît et qui garde la clé de la sortie. Et chaque service ajoute sa couche d'intégration à maintenir.

Ce coût-là ne figure sur aucune facture. Il se découvre plus tard.

Ce que nous construisons et pourquoi

Nous ne construisons pas tout. Nous construisons les pièces qui sont à la fois petites, centrales et que louer reviendrait à payer trop cher en argent ou en compromis.

Notre mesure d'audience, par exemple : pas de cookies, pas de scripts tiers, une empreinte hachée avec un sel qui change chaque jour. Aucun service gratuit ne nous aurait laissés respecter nos visiteurs à ce point, parce que leur modèle, justement, c'est la donnée. Quelques centaines de lignes plus tard, nous comptons nos visites sans suivre personne.

Même logique pour l'éditeur d'articles multilingue que ce texte traverse ou pour le formulaire d'inscription : des besoins simples et précis, qu'un produit générique aurait mal couverts pour plus cher.

Ce que nous ne construisons pas

L'autre moitié du calcul compte tout autant. Nous ne réécrivons pas le langage, le framework, la base de données, le serveur. Ces fondations sont énormes, éprouvées, maintenues par des milliers de personnes : les refaire serait absurde.

La règle n'est donc pas de tout construire. Elle est : emprunter les fondations, posséder ce qui nous est propre. Construire ce qui est petit et nous distingue ; réutiliser ce qui est grand et commun à tous.

Posséder ce qu'on fait tourner

Il y a un bénéfice qu'on sous-estime toujours : quand on a écrit une chose, on la comprend. Quand elle casse, on sait où regarder. Quand un besoin change, on l'adapte le jour même, au lieu d'attendre qu'un fournisseur l'inscrive un jour à sa feuille de route.

Un outil maison, modeste mais à nous, bat souvent un outil puissant mais loué : il fait exactement ce dont nous avons besoin, ni plus ni moins, et il ne nous quittera pas du jour au lendemain.

La part honnête

Construire a un coût, lui aussi, et le nier serait malhonnête. Du code écrit est du code à maintenir. Mal choisi, le fait maison devient sa propre dette.

C'est pourquoi nous ne construisons que lorsque la pièce est petite, stable et trop centrale pour la confier à un tiers. Sinon, nous achetons sans état d'âme.

Garder la main

Construire ses propres outils n'est pas une excentricité. C'est une façon de garder la main sur ce qui compte : ne pas confier à un tiers le contrôle de notre travail, ni les données de ceux qui nous font confiance. Le reste, nous l'empruntons volontiers.